Essays
Michel de Montaigne

Book 2 Chapter 35
De trois bonnes femmes

Il n’en est pas à douzaines, comme chacun sçait ; et notamment aux devoirs de mariage : car c’est un marché plein de tant d’espineuses circonstances, qu’il est malaisé que la volonté d’une femme, s’y maintienne entiere long temps. Les hommes, quoy qu’ils y soyent avec un peu meilleure condition, y ont trop affaire.

La touche d’un bon mariage, et sa vraye preuve, regarde le temps que la societé dure ; si elle a esté constamment douce, loyalle, et commode. En nostre siecle, elles reservent plus communément, à estaller leurs bons offices, et la vehemence de leur affection, envers leurs maris perdus : Cherchent au moins lors, à donner tesmoignage de leur bonne volonté. Tardif tesmoignage, et hors de saison. Elles preuvent plustost par là, qu’elles ne les ayment que morts. La vie est pleine de combustion, le trespas d’amour, et de courtoisie. Comme les peres cachent l’affection envers leurs enfans, elles volontiers de mesmes, cachent la leur envers le mary, pour maintenir un honneste respect. Ce mystere n’est pas de mon goust : Elles ont beau s’escheveler et s’esgratigner ; je m’en vois à l’oreille d’une femme de chambre, et d’un secretaire : « comment estoient-ils, comment ont-ils vescu ensemble » ; il me souvient tousjours de ce bon mot, jactantius mærent, quæ minus dolent. Leur rechigner est odieux aux vivans, et vain aux morts : Nous dispenserons volontiers qu’on rie apres, pourveu qu’on nous rie pendant la vie. Est-ce pas de quoy resusciter de despit : qui m’aura craché au nez pendant que j’estoy, me vienne frotter les pieds, quand je ne suis plus ? S’il y a quelque honneur à pleurer les maris, il n’appartient qu’à celles qui leur ont ry : celles qui ont pleuré en la vie, qu’elles rient en la mort, au dehors comme au dedans. Aussi, ne regardez pas à ces yeux moites, et à cette piteuse voix : regardez ce port, ce teinct, et l’embonpoinct de ces jouës, soubs ces grands voiles : c’est par là qu’elle parle François. Il en est peu, de qui la santé n’aille en amendant, qualité qui ne sçait pas mentir : Cette ceremonieuse contenance ne regarde pas tant derriere soy, que devant ; c’est acquest, plus que payement. En mon enfance, une honneste et tresbelle dame, qui vit encores, vefve d’un prince, avoit je ne sçay quoy plus en sa parure, qu’il n’est permis par les loix de nostre vefvage : à ceux qui le luy reprochoient : C’est, disoit elle, que je ne practique plus de nouvelles amitiez, et suis hors de volonté de me remarier.

Pour ne disconvenir du tout à nostre usage, j’ay icy choisi trois femmes, qui ont aussi employé l’effort de leur bonté, et affection, autour la mort de leurs maris : Ce sont pourtant exemples un peu autres, et si pressans, qu’ils tirent hardiment la vie en consequence.

Pline le jeune avoit pres d’une sienne maison en Italie, un voisin merveilleusement tourmenté de quelques ulceres, qui luy estoient survenues és parties honteuses. Sa femme le voyant si longuement languir, le pria de permettre, qu’elle veist à loisir et de pres l’estat de son mal, et qu’elle luy diroit plus franchement qu’aucun autre ce qu’il avoit à en esperer. Apres avoir obtenu cela de luy, et l’avoir curieusement consideré, elle trouva qu’il estoit impossible, qu’il en peust guerir, et que tout ce qu’il avoit à attendre, c’estoit de trainer fort long temps une vie douloureuse et languissante : si luy conseilla pour le plus seur et souverain remede, de se tuer : Et le trouvant un peu mol, à une si rude entreprise : « Ne pense point, luy dit-elle, mon amy, que les douleurs que je te voy souffrir ne me touchent autant qu’à toy, et que pour m’en delivrer, je ne me vueille servir moy-mesme, de cette medecine que je t’ordonne. Je te veux accompagner à la guerison, comme j’ay faict à la maladie : oste cette crainte, et pense que nous n’aurons que plaisir en ce passage, qui nous doit delivrer de tels tourmens : nous nous en irons heureusement ensemble. »

Cela dit, et ayant rechauffé le courage de son mary, elle resolut qu’ils se precipiteroient en la mer, par une fenestre de leur logis, qui y respondoit. Et pour maintenir jusques à sa fin, cette loyale et vehemente affection, dequoy elle l’avoit embrassé pendant sa vie, elle voulut encore qu’il mourust entre ses bras ; mais de peur qu’ils ne luy faillissent, et que les estraintes de ses enlassemens, ne vinssent à se relascher par la cheute et la crainte, elle se fit lier et attacher bien estroitement avec luy, par le faux du corps ; et abandonna ainsi sa vie, pour le repos de celle de son mary.

Celle-là estoit de bas lieu ; et parmy telle condition de gens, il n’est pas si nouveau d’y voir quelque traict de rare bonté,

extrema per illos
Justitia excedens terris vestigia fecit.

Les autres deux sont nobles et riches, où les exemples de vertu se logent rarement.

Arria femme de Cecinna Pætus, personnage consulaire, fut mere d’une autre Arria femme de Thrasea Pætus, celuy duquel la vertu fut tant renommée du temps de Neron ; et par le moyen de ce gendre, mere-grand de Fannia ; car la ressemblance des noms de ces hommes et femmes, et de leurs fortunes, en a fait mesconter plusieurs. Cette premiere Arria, Cecinna Pætus, son mary, ayant esté prins prisonnier par les gens de l’Empereur Claudius, apres la deffaicte de Scribonianus, duquel il avoit suivy le party : supplia ceux qui l’emmenoient prisonnier à Rome, de la recevoir dans leur navire, où elle leur seroit de beaucoup moins de despence et d’incommodité, qu’un nombre de personnes, qu’il leur faudroit, pour le service de son mary : et qu’elle seule fourniroit à sa chambre, à sa cuisine, et à tous autres offices. Ils l’en refuserent : et elle s’estant jettée dans un batteau de pescheur, qu’elle loua sur le champ, le suyvit en cette sorte depuis la Sclavonie. Comme ils furent à Rome, un jour, en presence de l’Empereur, Junia vefve de Scribonianus, s’estant accostée d’elle familierement, pour la societé de leurs fortunes, elle la repoussa rudement avec ces parolles : « Moy, dit-elle, que je parle à toy, ny que je t’escoute, à toy, au giron de laquelle Scribonianus fut tué, et tu vis encores ? » Ces paroles, avec plusieurs autres signes, firent sentir à ses parents, qu’elle estoit pour se deffaire elle mesme, impatiente de supporter la fortune de son mary. Et Thrasea son gendre, la suppliant sur ce propos de ne se vouloir perdre, et luy disant ainsi : « Quoy ? si je courois pareille fortune à celle de Cecinna, voudriez vous que ma femme vostre fille en fist de mesme ? Comment donc ? si je le voudrois, respondit-elle : ouy, ouy, je le voudrois, si elle avoit vescu aussi long temps, et d’aussi bon accord avec toy, que j’ay faict avec mon mary. » Ces responces augmentoient le soing, qu’on avoit d’elle, et faisoient qu’on regardoit de plus pres à ses deportemens. Un jour apres avoir dict à ceux qui la gardoient, « Vous avez beau faire, vous me pouvez bien faire plus mal mourir, mais de me garder de mourir, vous ne sçauriez » : s’eslançant furieusement d’une chaire, où elle estoit assise, elle s’alla de toute sa force chocquer la teste contre la paroy voisine : duquel coup, estant cheute de son long esvanouye, et fort blessée, apres qu’on l’eut à toute peine faite revenir : « Je vous disois bien, dit-elle, que si vous me refusiez quelque façon aisée de me tuer, j’en choisirois quelque autre pour mal-aisée qu’elle fust. »

La fin d’une si admirable vertu fut telle : Son mary Pætus, n’ayant pas le coeur assez ferme de soy-mesme, pour se donner la mort, à laquelle la cruauté de l’Empereur le rengeoit ; un jour entre autres, apres avoir premierement employé les discours et enhortements, propres au conseil, qu’elle luy donnoit à ce faire, elle print le poignart, que son mary portoit : et le tenant traict en sa main, pour la conclusion de son exhortation ; Fais ainsi Pætus, luy dit-elle. Et en mesme instant, s’en estant donné un coup mortel dans l’estomach, et puis l’arrachant de sa playe, elle le luy presenta, finissant quant et quant sa vie : avec cette noble, genereuse, et immortelle parole, Pæte non dolet. Elle n’eust loisir que de dire ces trois parolles d’une si belle substance ; « Tien Pætus, il ne m’a point faict mal. »

Casta suo gladium cum traderet Arria Pæto,
Quem de visceribus traxerat ipsa suis :
Si qua fides, vulnus quod feci, non dolet, inquit,
Sed quod tu facies, id mihi Pæte dolet.

Il est bien plus vif en son naturel, et d’un sens plus riche : car et la playe, et la mort de son mary, et les siennes, tant s’en faut qu’elles luy poisassent, qu’elle en avoit esté la conseillere et promotrice : mais ayant fait cette haulte et courageuse entreprinse pour la seule commodité de son mary, elle ne regarde qu’à luy, encore au dernier traict de sa vie, et à luy oster la crainte de la suivre en mourant. Pætus se frappa tout soudain, de ce mesme glaive ; honteux à mon advis, d’avoir eu besoin d’un si cher et pretieux enseignement.

Pompeia Paulina, jeune et tres-noble Dame Romaine, avoit espousé Seneque, en son extreme vieillesse. Neron, son beau disciple, envoya ses satellites vers luy, pour luy denoncer l’ordonnance de sa mort, ce qui se faisoit en cette maniere. Quand les Empereurs Romains de ce temps, avoyent condamné quelque homme de qualité, ils luy mandoyent par leurs officiers de choisir quelque mort à sa poste, et de la prendre dans tel, ou tel delay, qu’ils luy faisoyent prescrire selon la trempe de leur cholere, tantost plus pressé, tantost plus long, luy donnant terme pour disposer pendant ce temps là, de ses affaires, et quelque fois luy ostant le moyen de ce faire, par la briefveté du temps : et si le condamné estrivoit à leur ordonnance, ils menoyent des gens propres à l’executer, ou luy couppant les veines des bras, et des jambes, ou luy faisant avaller du poison par force. Mais les personnes d’honneur, n’attendoyent pas cette necessité, et se servoyent de leurs propres medecins et chirurgiens à cet effect. Seneque ouyt leur charge, d’un visage paisible et asseuré, et apres, demanda du papier pour faire son testament : ce que luy ayant esté refusé par le Capitaine, il se tourne vers ses amis : Puis que je ne puis (leur dit-il) vous laisser autre chose en recognoissance de ce que je vous doy, je vous laisse au moins ce que j’ay de plus beau, à sçavoir l’image de mes moeurs et de ma vie, laquelle je vous prie conserver en vostre memoire : affin qu’en ce faisant, vous acqueriez la gloire de sinceres et veritables amis : Et quant et quant, appaisant tantost l’aigreur de la douleur, qu’il leur voyoit souffrir, par douces paroles, tantost roidissant sa voix, pour les en tancer : « Où sont, disoit-il, ces beaux preceptes de la philosophie ? que sont devenuës les provisions, que par tant d’années nous avons faictes, contre les accidens de la fortune ? la cruauté de Neron nous estoit elle incognue ? que pouvions nous attendre de celuy, qui avoit tué sa mere et son frere, sinon qu’il fist encor mourir son gouverneur, qui l’a nourry et eslevé ? » Apres avoir dit ces paroles en commun, il se destourne à sa femme, et l’embrassant estroittement, comme par la pesanteur de la douleur elle deffailloit de coeur et de forces, la pria de porter un peu plus patiemment cet accident, pour l’amour de luy ; et que l’heure estoit venue, où il avoit à montrer, non plus par discours et par disputes, mais par effect ; le fruict qu’il avoit tiré de ses estudes : et que sans doubte il embrassoit la mort, non seulement sans douleur, mais avecques allegresse. « Parquoy m’amie, disoit-il, ne la des-honnore par tes larmes, affin qu’il ne semble que tu t’aimes plus que ma reputation : appaise ta douleur, et te console en la cognoissance, que tu as eu de moy, et de mes actions, conduisant le reste de ta vie, par les honnestes occupations, ausquelles tu és addonnée. » A quoy Paulina ayant un peu repris ses esprits, et reschauffé la magnanimité de son courage, par une tres-noble affection : « Non Seneca, respondit-elle, je ne suis pas pour vous laisser sans ma compagnie en telle necessité : je ne veux pas que vous pensiez, que les vertueux exemples de vostre vie, ne m’ayent encore appris à sçavoir bien mourir : et quand le pourroy-je ny mieux, ny plus honnestement, ny plus à mon gré qu’avecques vous ? ainsi faictes estat que je m’en voy quant et vous. »

Lors Seneque prenant en bonne part une si belle et glorieuse deliberation de sa femme ; et pour se delivrer aussi de la crainte de la laisser apres sa mort, à la mercy et cruauté de ses ennemis : « Je t’avoy, Paulina, dit-il, conseillé ce qui servoit à conduire plus heureusement ta vie : tu aymes donc mieux l’honneur de la mort : vrayement je ne te l’envieray point : la constance et la resolution, soyent pareilles à nostre commune fin, mais la beauté et la gloire soit plus grande de ta part. »

Cela fait, on leur couppa en mesme temps les veines des bras : mais par ce que celles de Seneque reserrées tant par la vieillesse, que par son abstinence, donnoyent au sang le cours trop long et trop lasche, il commanda qu’on luy couppast encore les veines des cuisses : et de peur que le tourment qu’il en souffroit, n’attendrist le coeur de sa femme, et pour se delivrer aussi soy-mesme de l’affliction, qu’il portoit de la veoir en si piteux estat : apres avoir tres-amoureusement pris congé d’elle, il la pria de permettre qu’on l’emportast en la chambre voisine, comme on feit : Mais toutes ces incisions estans encore insuffisantes pour le faire mourir, il commande à Statius Anneus son medecin, de luy donner un breuvage de poison ; qui n’eut guere non plus d’effect : car par la foiblesse et froideur des membres, elle ne peut arriver jusques au coeur. Par ainsin on luy fit en outre apprester un baing fort chauld : et lors sentant sa fin prochaine, autant qu’il eut d’halene, il continua des discours tres-excellens sur le subject de l’estat où il se trouvoit, que ses secretaires recueillirent tant qu’ils peurent ouyr sa voix ; et demeurerent ses parolles dernieres long temps depuis en credit et honneur, és mains des hommes (ce nous est une bien fascheuse perte, qu’elles ne soyent venues jusques à nous.) Comme il sentit les derniers traicts de la mort, prenant de l’eau du baing toute sanglante, il en arrousa sa teste, en disant ; « Je vouë cette eau à Juppiter le liberateur. »

Neron adverty de tout cecy, craignant que la mort de Paulina, qui estoit des mieux apparentées dames Romaines, et envers laquelle il n’avoit nulles particulieres inimitiez, luy vinst à reproche ; renvoya en toute diligence luy faire r’atacher ses playes : ce que ses gens d’elle, firent sans son sçeu, estant desja demy morte, et sans aucun sentiment. Et ce que contre son dessein, elle vesquit depuis, ce fut tres-honnorablement, et comme il appartenoit à sa vertu, montrant par la couleur blesme de son visage, combien elle avoit escoulé de vie par ses blessures.

Voyla mes trois comtes tres-veritables, que je trouve aussi plaisans et tragiques que ceux que nous forgeons à nostre poste, pour donner plaisir au commun : et m’estonne que ceux qui s’addonnent à cela, ne s’avisent de choisir plustost dix mille tres-belles histoires, qui se rencontrent dans les livres, où ils auroyent moins de peine, et apporteroient plus de plaisir et profit. Et qui en voudroit bastir un corps entier et s’entretenant, il ne faudroit qu’il fournist du sien que la liaison, comme la soudure d’un autre metal : et pourroit entasser par ce moyen force veritables evenemens de toutes sortes, les disposant et diversifiant, selon que la beauté de l’ouvrage le requerroit, à peu pres comme Ovide a cousu et r’apiecé sa Metamorphose, de ce grand nombre de fables diverses.

En ce dernier couple, cela est encore digne d’estre consideré, que Paulina offre volontiers à quitter la vie pour l’amour de son mary, et que son mary avoit autre-fois quitté aussi la mort pour l’amour d’elle. Il n’y a pas pour nous grand contre-poix en cet eschange : mais selon son humeur Stoïque, je croy qu’il pensoit avoir autant faict pour elle, d’alonger sa vie en sa faveur, comme s’il fust mort pour elle. En l’une des lettres, qu’il escrit à Lucilius ; apres qu’il luy a fait entendre, comme la fiebvre l’ayant pris à Rome, il monta soudain en coche, pour s’en aller à une sienne maison aux champs, contre l’opinion de sa femme, qui le vouloit arrester ; et qu’il luy avoit respondu, que la fiebvre qu’il avoit, ce n’estoit pas fiebvre du corps, mais du lieu : il suit ainsi : « Elle me laissa aller me recommandant fort ma santé. Or moy, qui sçay que je loge sa vie en la mienne, je commence de pourvoir à moy, pour pourvoir à elle : le privilege que ma vieillesse m’avoit donné, me rendant plus ferme et plus resolu à plusieurs choses, je le pers, quand il me souvient qu’en ce vieillard, il y en a une jeune à qui je profite. Puis que je ne la puis ranger à m’aymer plus courageusement, elle me renge à m’aymer moy-mesme plus curieusement : car il faut prester quelque chose aux honnestes affections : et par fois, encore que les occasions nous pressent au contraire, il faut r’appeller la vie, voire avecque tourment : il faut arrester l’ame entre les dents, puis que la loy de vivre aux gens de bien, ce n’est pas autant qu’il leur plaist, mais autant qu’ils doivent. Celuy qui n’estime pas tant sa femme ou un sien amy, que d’en allonger sa vie, et qui s’opiniastre à mourir, il est trop delicat et trop mol : il faut que l’ame se commande cela, quand l’utilité des nostres le requiert : il faut par fois nous prester à noz amis : et quand nous voudrions mourir pour nous, interrompre nostre dessein pour eux. C’est tesmoignage de grandeur de courage, de retourner en la vie pour la consideration d’autruy, comme plusieurs excellens personnages ont faict : et est un traict de bonté singuliere, de conserver la vieillesse, (de laquelle la commodité la plus grande, c’est la nonchalance de sa durée, et un plus courageux et desdaigneux usage de la vie,) si on sent que cet office soit doux, aggreable, et profitable à quelqu’un bien affectionné. Et en reçoit on une tresplaisante recompense : car qu’est-il plus doux, que d’estre si cher à sa femme, qu’en sa consideration, on en devienne plus cher à soy-mesme ? Ainsi ma Paulina m’a chargé, non seulement sa crainte, mais encore la mienne. Ce ne m’a pas esté assez de considerer, combien resolument je pourrois mourir, mais j’ay aussi consideré, combien irresoluement elle le pourroit souffrir. Je me suis contrainct à vivre, et c’est quelquefois magnanimité que vivre. »

Voyla ses mots excellens, comme est son usage.

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  • Montaigne, Michel de. “De trois bonnes femmes.” HyperEssays.net. Last modified August 5, 2021. https://hyperessays.net/bordeaux/book/II/chapter/35

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Original text in Middle French (1595, Public domain). • Last modified on August 5, 2021.